Accueil > Kazem Shahryari > Créations > Mises en scène au théâtre > SAISON 2009/2010 > Automne Précoce : écrit par Kazem Shahryari > Automne Précoce

Pistes pour une exploitation pédagogique

Il est intéressant pour des collégiens ou des lycéens de voir cette création pour son propos et pour l’originalité de l’objet théâtral qu’elle représente.

1 - Le propos

a) Avec un public de lycéens, proposition d’une réflexion sur le désir, la liberté, le devoir

b) Avec un public de collégiens, proposition d’une réflexion sur tradition et mariage forcé

2 - L’objet théâtral

a) Le texte

b) La mise en scène et la scénographie

c) Le jeu des acteurs

1) Le propos

Le souci de Kazem Shahryari est de créer des textes pour nous aider à penser notre monde.
Il n’a pas besoin de faire du théâtre engagé puisque « le théâtre est un parti en soi ». Il se bat (entre autres) à travers ses actions théâtrales, pour combattre la xénophobie, le racisme, l’ignorance. Attaché à faire vivre la mémoire, à mettre en mots et en scène la souffrance, l’exil, l’oppression, l’injustice dans le monde, ses spectacles sont le reflet et l’écho des urgences de notre temps.

Les thèmes de « L’automne précoce » :
- le désir, la liberté, le devoir
- la tradition et le mariage forcé, les grands ensembles urbains, l’immigration, l’émigration, le choc des générations et des cultures…

Leïla, la jeune fille du passé, veut danser. C’est sa raison d’être, sa raison de vivre.
Pourtant elle va être broyée malgré elle. Son esprit accepte la décision de son père de la marier à un homme qu’elle ne connaît pas. Elle se plie à la « culture du sacrifice » que lui impose son père mais son corps ne l’accepte pas.

Lola, la jeune fille du présent, est enceinte. C’est le personnage qui fait le lien avec « Couleurs de femmes l’été », la précédente pièce de Kazem Shahryari. C’est une jeune fille libre pour qui rien ne va de soi. Dans « Couleurs de femmes l’été », garder son bébé n’allait pas de soi. Dans « L’automne précoce », rejoindre le père de son enfant qui a émigré au Canada ne va pas de soi.

a) Avec un public lycéen

On peut faire le lien avec le cours de philosophie.

Proposition d’une réflexion sur le désir en ce qu’il est l’essence de l’homme qui apporte à chacun son énergie vitale afin de « persévérer dans son être ».
La pièce de Kazem Shahryari renvoie à un hédonisme pratique : replacer l’homme au cœur de son existence dans le souci de son épanouissement, de son plaisir et d’une harmonisation et d’une réconciliation du rapport à soi, à autrui, et au monde, déconstruire les formes d’aliénations et de douleurs imputables aux religions et aux dogmes politiques et économiques.

Proposition d’une réflexion sur la liberté. L’homme naît libre, c’est à dire perfectible. Cette « faculté de se perfectionner » nous fait capables du meilleur comme du pire, mais responsables de ce que nous devenons...

Proposition d’une réflexion sur le devoir. Le devoir, une intériorisation de l’esclavage ?

Entre désir et devoir

La pièce est un va et vient entre passé et présent. Elle est aussi passage d’un extérieur à un intérieur (l’appartement). La première scène se situe à l’extérieur : des arbitres (des fantômes masqués ?) assis sur des murs se relaient des informations sur une scène dont seul le premier arbitre est témoin direct. Les faits violents et sanglants dont ils témoignent les insupportent. Ils « tombent » les uns après les autres. Ce sont ces mêmes arbitres qui assurent les changements de tableaux entre passé et présent.

Qui sont ces arbitres ? Nous ?
Tous les jours, les journaux nous rapportent des faits de violence faites aux femmes (femmes battues, femmes brûlées, femmes violées, femmes assassinées...), des viols collectifs dans des caves, d’humiliations préméditées, mises en scène, filmées et relayées par portables interposés, voire diffusées sur la toile...
Ces arbitres renvoient-ils à au conflit intérieur entre notre désir et notre répugnance à voir, entre notre désir et notre devoir ?

b) Avec un public de collégiens

On peut relier la pièce aux cours d’histoire et de géographie, et d’éducation civique en abordant les thèmes de la tradition et du mariage forcé, des grands ensembles urbains [1], de l’immigration, de l’émigration, du choc des générations et des cultures…autant de sujets sur lesquels « on doit débattre, se battre, découdre et croiser le fer pour provoquer le plus possible d’étincelles. » Car tous ses thèmes renvoient au vécu de chacun d’entre nous.

La « tradition » et le mariage

L’automne précoce, la pièce de Kazem Sharyari est riche de plusieurs thèmes. Le thème central est celui du mariage forcé, celui de Leïla, qui se termine tragiquement, par sa mort comme par celle de son mari désigné, lui-même victime. Mais c’est aussi celui de l’absence de communication dans de grands ensembles où règnent solitude et misère. A cet égard, la relation de la concierge, acariâtre et peut-être raciste et d’Africa, qui connaît mieux que quiconque la mémoire d’un espace qui n’est pas celui de sa naissance, et son évolution vers plus de compréhension et de sentiments est d’une grande force. Et puis, en ce monde dominé par la négation d’autrui et la mort, il y a l’enfant à venir de Lola, le cri de la naissance, qui apporte et fait vivre l’espérance…

Objectif principal :

Permettre à l’enfant, à l’adolescent d’apprécier la valeur du partage véritable entre les êtres humains, qui ne relève pas de la référence à des « traditions » à sacraliser, mais de la justesse de ces relations, de leur justice, ici et maintenant. Avec respect d’abord, et amour si affinités.

Le mariage forcé :

Quelles sont les motivations qui conduisent deux personnes à se marier ? En connais-tu qui se sont mariées par amour ? En connais-tu qui se sont mariées par obligation ? Est-il possible d’imposer le mariage à deux personnes qui ne se connaissent pas ? D’autres personnes peuvent-elles décider qu’elles disposent de la vie des membres de leur famille, de la vie des autres ? Et si l’on choisit de ne pas se marier et de vivre ensemble, c’est bien…et pourquoi…

Le rapport au passé, à ce que l’on nomme une ou des « traditions » :

Objectif : que savent les élèves des traditions historiques concernant le mariage ? Avant, en France, le mariage forcé était-il possible et même courant ? Depuis quand les femmes ont- elles les mêmes droits que les hommes pour pouvoir se marier, pour pouvoir divorcer, pour pouvoir travailler, voter, choisir le logement où elles peuvent vivre. Pourquoi durant des siècles les femmes, les jeunes filles n’avaient pas de « droits » ? Pourquoi l’homme, le père pouvait décider de tout ?
Faire des recherches documentaires en bibliothèque, et organiser toutes les informations sur ces questions. Est-ce que les filles et les garçons perçoivent ces questions de la même manière ? Et si ce n’est pas le cas, pourquoi…

Le rapport aux « droits » de chacun

Le « droit » des hommes et des femmes dans le monde. Est-ce qu’il y a égalité des droits dans tous les pays du monde ? Y a-t-il des pays avec des « codes » qui mettent les femmes et les filles en situation d’infériorité ? Est-il possible, en France, de revenir aux codes anciens et inégalitaires ? Enquête documentaire d’une part. D’autre part témoignage : qu’en est-il chez soi, autour de soi ? Que dit la Charte des Nations Unies…

Puis discussion entre les élèves : sommes-nous égaux, avons-nous les mêmes droits… On peut inverser les rôles : filles à la place des garçons et réciproquement…

Le rapport à la religion et aux coutumes

La religion c’est quoi : la foi, la manière de manger, de se vêtir, la relation entre garçons et filles. Et les coutumes, c’est quoi ? Quelle est la différence ? Chacun, chacune peut témoigner. Et en France, c’était comment du temps des Gaulois, du temps des rois, du temps des grands-parents, des parents, aujourd’hui…Et si la base, ce n’est pas les coutumes, dans les relations femmes-hommes, filles et garçons, quelle est la base juste ?

Le rapport à la laïcité

En France nous sommes dans un pays laïc. Depuis quand et qu’est-ce que cela veut dire avec quelles lois ? Que dit la Constitution actuelle, et la précédente (de 1946). Qu’est-ce que cela a apporté aux relations pour des questions comme le mariage, le racisme…Est-ce que nous connaissons des gens comme Africa, comme la gardienne…

De l’amour

Leïla peut-elle être contrainte à épouser celui qu’elle n’aime pas ? Africa peut-il rencontrer l’amour ? Et la concierge ? L’enfant de Lola n’est- il pas l’espérance car il est désiré, enfant de l’amour…

Du partage

Vivre ensemble, n’est-ce pas partager… comment partager, à partir de quel principe d’harmonie entre les êtres. N’est-ce pas l’égalité ? Depuis quand parle-t-on d’égalité ? Depuis l’Antiquité ? Depuis quand est-ce fondamental et légal en France ? Que se passe-t-il lorsque l’égalité n’est pas respectée entre les êtres, entre hommes et femmes…Et quand elle est respectée ?

Le rapport à la fête

Un enfant qui naît, est-ce la plus grande fête ? Dans la famille, la plus grande fête c’est quoi et on l’a fait comment. Et avec les copains, les amis ? Et entre amoureux ? Et pour le pays tout entier, la plus grande fête ce serait quoi. Et dans le rêve, l’idéal, la plus grande chose à fêter, ce serait quoi…

2 - L’Objet théâtral

« Racine c’est bien ; en abuser, ça craint. D’où l’extase artistique ressentie à la découverte de spectacles actuels, ambitieux et exigeants ! » (Peggy Olmi, Marianne) Enfin du Théâtre bien vivant tel que nous en avons besoin pour casser notre petit ronron culturel habituel. (Jacky Viallon)

a) Le texte

Mêler passé et présent, sur un même plateau, est devenu la marque de fabrique de Kazem Shahryari. Son écriture vivante et imagée fait alterner émotion et drôlerie.
Son théâtre ne sert pas à donner des leçons, mais à susciter la réflexion.
On s’attache tout autant aux personnages « sympathiques » de l’histoire la victime, Leîla,
sa petite sœur, Nali, le personnage autiste et désocialisé de l’homme noir suspendu
qu’aux personnages « moins sympathiques » le père qui, sous le poids de la tradition et, malgré son amour pour sa fille, l’oblige à se marier, la gardienne raciste et bourrue, qui a un cœur gros comme cela, le mari complètement dépassé par les évènements, le pendant masculin de Leïla.
Le mélange de chants et de danses (de Leïla et de l’homme noir suspendu) donne à la pièce toute sa dimension poétique.

b) La mise en scène et la scénographie

Sobriété des décors.

Dissociation de plusieurs temps dans le même espace.

Dissociation de plusieurs espaces dans le même espace.

La lumière est la maîtresse de ces découpages.

Pourquoi tous les éléments du décor (table, tabourets) sont-ils tapissés de papier journal ?

Pourquoi les portes du placard sont-elles couvertes d’un miroir sans tain nous permettant d’observer par transparence sans être vus les scènes de joyeuse connivence entre Leïla et sa petite sœur et celles beaucoup plus tragiques de l’enfermement de Leïla dans ce placard qui sera finalement son tombeau ? Le metteur en scène nous fait-il arbitres comme les arbitres du début de la pièce ?

c) Le jeu des acteurs

Les mêmes acteurs interprètent plusieurs rôles.
La chair du théâtre, c’est l’acteur. C’est lui qui, en suscitant sa croyance, va susciter celle du spectateur. L’acteur doit être plus que jamais « présent » pour faire l’amalgame des trois mondes : celui de l’auteur, celui du metteur en scène et celui du spectateur, afin de sauvegarder l’origine du théâtre : vivre ensemble.

Une rencontre avec l’équipe de création est possible sur demande après la représentation.

Ce dossier a été réalisé par Gérard Emmanuel da Silva et Isabelle Renson.


[1Les grands ensembles urbains Les grands ensembles sont typiquement des ensembles de logement collectif, souvent en nombre important (plusieurs centaines à plusieurs milliers de logements), construits entre le milieu des années 1950 et le milieu des années 1970 ; marqués par un urbanisme de barres et de tours inspiré des préceptes de l’architecture moderne.
Ces grands ensembles, dont plusieurs centaines ont été construits en France, ont permis un large accès au confort moderne (eau courante chaude et froide, chauffage central, équipements sanitaires, ascenseur...) pour les ouvriers des banlieues ouvrières, les habitants des habitats insalubres, les rapatriés d’Algérie et la main-d’œuvre des grandes industries.
Ils se retrouvent fréquemment en crise sociale profonde à partir des années 1980, et sont, en France, l’une des raisons de la mise en place de ce qu’on appelle la politique de la ville.
La genèse des grands ensembles urbains répondait à la nécessité et à l’urgence de la question du logement au lendemain du second conflit mondial. Conçus et pensés comme un modèle laissant une place prépondérante à l’espace public, ces grands ensembles sont aujourd’hui essentiellement reconnus et identifiés comme les lieux de l’individualisation urbaine, et du repli communautaire.